
La télévision publique polonaise TVP (Telewizja Polska) a connu un début d’année 2009 très difficile, sur fond de batailles politiques et de réduction des effectifs. Dernier épisode en date, la remise en cause du projet de bouquet satellite gratuit devrait encore ajouter un peu plus à la confusion ambiante. Petit retour en arrière…
Réforme avortée de la redevance audiovisuelle
Pour la TVP, les ennuis ont commencé au premier semestre 2008, lorsque le gouvernement annonce son intention de supprimer progressivement la redevance audiovisuelle en Pologne. Pour les défenseurs de ce projet de loi, il s’agit avant tout de « dépolitiser » les médias publics tout en mettant fin à ce qu’ils considèrent « une grande hypocrisie ». Les études démontrent en effet que moins d’un ménage polonais sur deux s’acquitte de la redevance audiovisuelle. Les opposants à ce projet y voient au contraire une tentative délibérée d’affaiblir les médias publics en les privant d’une part essentielle de leurs revenus.
Après une longue série d’empoignades, le projet de loi sera finalement voté par la Diète début 2009, avant que le président polonais Lech Kaczyński n’y oppose son véto. Pour compenser le manque à gagner, plusieurs solutions avaient alors été envisagées par le gouvernement. Pourtant aucune d’entre elles n’aura vraiment convaincu les acteurs de l’audiovisuel en Pologne, majoritairement hostiles à cette réforme. L’ancien président de TVP, M. Andrzej Urbański, contestera à plusieurs reprises ce projet avant d’être suspendu de ses fonctions en décembre 2008 et remplacé par M. Piotr Farfał.
Restructuration du groupe et changement de cap
Dès sa prise de fonction, la présidence de M. Farfał s’inscrit dans un climat de contestation générale. Plusieurs médias lui reprochent son passé de militant nationaliste et son appartenance à la Ligue des Familles Polonaises (LPR). C’est d’ailleurs sur ces bases que la chaîne franco-allemande Arte décide alors de rompre toute collaboration avec la TVP.
De même, M. Farfał procéde, dès le début, à de nombreux remaniements au sein des différentes entités de TVP, tout en étant accusé par l’opposition de faire entrée « ses amis politiques ». Des accusations démenties par l’intéressé, qui annonce dans le même temps un vaste plan de restructuration. Afin de trouver de nouvelles sources de financement, priorité est alors donnée à la publicité, au sponsoring ainsi qu’aux jeux de type « audiotel », pour lesquels les téléspectateurs sont invités à composer des numéros surtaxés.
Enfin, il est décidé au second trimestre 2009 de lancer un nouveau bouquet satellite entièrement gratuit et estampillé « TVP ». Ce projet vise notamment à donner un coup d’accélérateur à la télévision numérique en Pologne. L’idée d’une plateforme gratuite est, dans l’ensemble, plutôt bien accueillie par les professionnels qui soulignent l’impact positif que cette mesure aura sur le taux d’équipement des ménages. Et c’est ainsi que cette plateforme voit officiellement le jour le 15 septembre sur le satellite Astra. Huit chaînes thématiques peuvent alors être reçues moyennant l’achat d’un décodeur « MPEG-4 » vendu entre 400 et 700 pln. Les téléspectateurs vont pourtant très vite déchanter…
Nouveau changement de direction et volte-face sur le numérique
Car dans les coulisses, les luttes de pouvoir font plus que jamais rage. De plus en plus contesté, M. Farfał doit faire face au front commun de l’ancienne direction suspendue mais aussi de l’opposition qui souhaite le renverser. Après de multiples rebondissements, M. Farfał est finalement mis en minorité et démis de ces fonctions en septembre dernier pour être remplacé par M.Bogusław Szwedo. L’une des toutes premières décisions du nouveau conseil d’administration est de réinstaller le cryptage des chaînes thématiques de TVP, désavouant du même coup le projet de bouquet satellite gratuit dont M. Farfał s’était fait l’ardent défenseur.
Quel avenir pour TVP ?
L’incertitude règne désormais sur les plans de la nouvelle direction, et notamment sur l’avenir du bouquet satellite de TVP. Ces revirements risquent pourtant de coûter très cher au groupe – on parle même de 24 millions pln – qui devra sans doute dédommager les fabricants, les distributeurs ainsi que les acquéreurs de décodeurs.
Il y a pourtant urgence : beaucoup d’experts estiment en effet que le retard pris par la Pologne dans l’adoption des technologies du numérique s’explique en partie par les errements successifs de la télévision publique. La décision de faire marche arrière et de crypter une partie des chaînes thématiques est un mauvais coup porté au numérique en Pologne, selon certains observateurs, même si elle peut se défendre d’un point de vue économique.



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