
Lors de son 36ème rendez-vous international, l ‘ICANN (Internet corporation for assigned names and numbers), l’organisme privé mondial qui supervise la gestion des noms de domaines supérieurs de l’Internet (.com, .net, .org…), a finalement décidé d’ouvrir les adresses web aux caractères non latins.
Petite révolution annoncée
Parmi les langues concernées figurent d’abord l’arabe, le coréen, le japonais et le chinois. Le dispositif devrait par la suite être élargi à d’autres langues présentant des caractères diacritiques tels que le grec, l’hébreu, l’hindi, le persan, le russe, le tamoul… sans oublier le français et le polonais.
Pour Peter Dengate Thrush, le président du conseil d’administration de l’ICANN, « c’est carrément le plus grand changement technique sur Internet depuis son invention il y a 40 ans » tandis que le PDG de l’organisme, M. Rod Beckstrom, évoque les 1,6 milliards d’utilisateurs dans le monde, dont plus de la moitié utilisent des langues avec une écriture différente des caractères romains ». Il s’agit donc pour l’ICANN de démocratiser davantage l’accès à Internet.
Ça bouge du côté de l’Europe…
L’EURid (acronyme de European Registry of Internet Domain Names), qui est l’association chargée par l’Union européenne de l’enregistrement des noms de domaine Internet en « .eu », n’a pas attendu l’ICANN pour mettre en oeuvre cette réforme ambitieuse.
Depuis le 10 décembre dernier, il est déjà possible de réserver des noms de domaine comprenant des caractères diacritiques, tels que les lettres é, è, ê, à pour le français ou ą, ć, ę, ł, ń pour le polonais.
L’enjeu est de taille, d’autant que l’extension « .eu » jouit déjà d’une bonne assise en France tout comme en Pologne.
D’ailleurs les Français et les Polonais se placent respectivement au quatrième et cinquième rang européen des plus gros acquéreurs de noms de domaine en « .eu » avec 252 000 et 175 000 dépôts recensés depuis sa création. Le «.eu » est par ailleurs la troisième extension la plus représentée en Pologne, juste après le « .pl » (1,1 millions) et le « .com.pl » (287 000).
Une réforme diversement appréciée
L’opportunité d’une telle réforme est toutefois loin de faire l’unanimité parmi la communauté des experts.
Si les partisans soulignent l’impact positif qu’elle devrait avoir sur le secteur du e-commerce, en permettant notamment aux entreprises d’accroître leur portefeuille de noms de domaine tout en proposant des adresses web plus conformes à l’orthographe, et donc plus faciles à mémoriser, l’initiative n’a pas manqué d’être critiquée.
Les adversaires de cette réforme pointent notamment les risques de « communautarisation » du web et, à terme, la remise en cause du caractère « universel » de l’internet, sans compter les nombreux problèmes de compatibilité « claviers / polices de caractères » occasionnés par cette réforme.
Le débat reste en tout cas ouvert, sachant que l’ouverture de l’intégralité des adresses web aux caractères non romains devrait être effective d’ici quelques mois tout au plus…



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