
Malgré plusieurs campagnes d’information et quelques coups de filet rondement menés, le téléchargement illégal ne faiblit que très légèrement, ce qui vaut à la Pologne de continuer à s’attirer les foudres des associations de défense des droits d’auteurs. Un constat qui vaut d’ailleurs pour le reste de l’Europe mais à des degrés divers. Le gouvernement polonais entend désormais explorer toutes les voies pour tenter de remédier au mal. L’adoption d’une loi HADOPI est-elle envisageable en Pologne ?
Il est vrai que les derniers classements ne sont généralement guère flatteurs pour la Pologne. Dans son palmarès 2008 des « mauvais élèves » du piratage en Europe et dans le monde, la toute puissante Business Software Alliance (BSA), qui regroupe des grands noms de l’industrie du logiciel tels que Microsoft, Adobe ou Macintosh, placait la Pologne au quatrième rang européen des pays les plus touchés en la matière, juste derrière la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie. Rien que pour l’année 2008, le manque à gagner induit par le piratage informatique aurait ainsi dépassé les 648 millions de dollars pour les seuls ayant-droits.
Selon une autre étude conduite par l’éditeur Symantec, ils seraient désormais plus de 5 millions de Polonais – soit un gros tiers de la population d’internautes – à télécharger illégalement des jeux vidéo, des chansons et surtout des séries télévisées. A tel point que la Pologne se placerait désormais au sixième rang mondial des pays comptabilisant le plus gros nombre de fichiers téléchargés et au deuxième rang mondial du piratage de jeux vidéos en ligne. Un constat sévère mais sans doute justifié.
Un phénomène difficile à appréhender
Le piratage informatique est un problème d’autant plus sensible en Pologne qu’il est particulièrement difficile à appréhender. Et pour cause : contrairement aux idées reçues, le piratage ne serait pas seulement l’apanache des mafias du web ou des passionnés d’informatique. Dans une récente étude conduite sur le sujet, le laboratoire informatique « MediaRecovery » dénombrait pas moins de neuf profils types de « pirates informatiques » en Pologne, du simple « geek » en passant par les « anarchistes « et autres « militants de l’ombre ». Or tous sont guidés par des motivations et des préoccupations très diverses.
Si l’on occulte le cas des réseaux de contrefaçon résolument lucratifs, l’essentiel du problème tient au fait que le téléchargement en ligne est devenu pour les jeunes Polonais une habitude, voire un véritable « style de vie ». Ces derniers semblent d’ailleurs percevoir internet et le web comme un gigantesque bazar en ligne dans lequel on peut s’approvisionner en films, musique, jeux vidéo, livres, programmes informatiques et séries télévisées à moindres frais, pour ne pas dire gratuitement. Pour les ayant-droits, le problème serait donc d’autant plus délicat que les internautes polonais n’associent pas réellement le téléchargement illégal à du vol et qu’en ce sens, ils n’éprouvent aucun état d’âme à télécharger toujours plus. Ils auraient d’ailleurs tort de le faire puisqu’en l’état, la loi polonaise elle-même tolère le téléchargement de fichiers illégaux dans un cadre strictement « privé ».
Des réponses contrastées
Devant l’étendu du problème, les autorités polonaises semblent quelque peu impuissantes. Si la police est parvenue ces dernières années à démanteler plusieurs bandes organisées, la question du téléchargement illégal et non lucratif reste, elle, insoluble. Alors que l’Union Européenne vient d’adopter une directive autorisant la coupure des accès internet pour les internautes coupables de diffuser illégalement des fichiers protégés par les droits d’auteurs – directive déjà appliquée en France avec la loi HADOPI – la Pologne s’interroge toujours sur la voie à adopter.
Les médias polonais laissent néanmoins entendre que le gouvernement pourrait prochainement durcir les lois en vigueur en généralisant la coupure des accès internet ou en interdisant l’usage des fichiers piratés, y compris dans un cadre privé. Des risques de dérive « totalitaire » immédiatement dénoncés par des associations de défense des libertés et d’autres experts du secteur, pour qui la suspension des accès internet ne serait pas une réponse appropriée, alors que d’autres solutions existent : généralisation des formules d’abonnement, promotion du concept de « licence globale »…
L’innovation comme remède au piratage ?
En attendant, les industriels font contre mauvaise fortune bon coeur en essayant de convaincre les consommateurs de revenir vers des formules légales et rémunératrices. Certains éditeurs proposent ainsi aux internautes d’essayer gratuitement des audiobooks qu’ils sont ensuite libres d’acquérir moyennant un prix à déterminer. D’autres basculent du tout payant à la gratuité en ouvrant leurs catalogues de films ou de jeux vidéo en échange de quelques réclames. Cela suffira-t-il pour autant à faire rentrer les internautes polonais dans le droit chemin ?



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