
Confronté depuis le début des années 2000 à une baisse importante de son chiffre d’affaires, l’avenir de l’industrie musicale semblait plus qu’incertain. La révolution du numérique et l’émergence des réseaux d’échange de fichiers sur Internet avaient en effet pris par surprise les artistes et leurs maisons de disques. Pourtant, après plusieurs années de disette, les ventes mondiales de titres semblent repartir à la hausse même si les modes de distribution ont, depuis, considérablement évolué. Reste à savoir si ce constat vaut pour la Pologne.
Dans un récent rapport, la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI) soulignait que l’espoir était désormais permis pour l’industrie musicale de voir le bout du tunnel. Les ventes mondiales de musique en ligne sont en plein essor même si elles ne font que compenser en partie le déclin des ventes de CD. Ainsi en 2008, la musique en ligne représentait déjà 20 % du total des ventes pour un chiffre d’affaires de 3,7 milliards de dollars (+25 % par rapport à 2007).
Même si l’optimisme est donc de mise, l’IFPI et les associations de défense des droits d’auteur continuent d’accuser le piratage et les réseaux d’échange de fichiers d’être responsables de tous leurs maux. Le manque à gagner se chiffrerait toujours à plusieurs milliards de dollars selon l’IFPI, même si certaines études ont démontré que les « pirates » sont souvent les plus gros acheteurs de musique en ligne.
Quoiqu’il en soit, tous s’accordent à dire que l’avenir de l’industrie musicale repose à la fois sur le format numérique et une plus grande mobilité : les gens consomment de plus en plus de « fichiers », notamment en ligne, et privilégient les supports mobiles tels que baladeurs ou même téléphones portables.
La Pologne reste à l’écart de cette reprise
Malgré tout, le cas de la Pologne démontre que la partie est loin d’être gagnée. L’an dernier, plusieurs dizaines de millions de titres ont été vendues sur internet pour l’équivalent de 30 millions de zlotys, selon des chiffres donnés par la presse polonaise. Un résultat certes encourageant mais qui reste encore très en deçà d’autres pays – on pense notamment aux Etats Unis – où les ventes d’Amazon et de l’Itunes Store d’Apple se portent très bien.
Alors que la Pologne comptait encore près d’une dizaine d’acteurs sur ce marché l’an dernier, on ne dénombre plus que deux plateformes qui proposent d’acheter de la musique en ligne. Après les retraits successifs d’Interia.pl (« Melo.pl ») et d’Onet.pl (« OnetPlejer »), le doyen du secteur, le site « iPlay.pl » vient lui-même d’être revendu pour un montant quasi symbolique de 800 zlotys.
Pour expliquer cette désaffection, plusieurs causes sont avancées : prédominance du piratage en Pologne, mais aussi prix excessif des chansons (en moyenne près de 3 zlotys par titre), inadéquation des canaux de distribution, maintien des verrous numériques qui nuisent aux confort d’utilisation… Pour l’heure, seuls le « Nokia Music Store » et « Muzodajnia.pl » de l’opérateur de téléphonie mobile Polkomtel (qui commercialise des titres à partir de 20 groszys) font encore de la résistance mais pour combien de temps ?
Réinventer un modèle économique
Fort de ce constat, des start-ups polonaises jouent la carte de l’innovation en développant des modèles économiques encore inédits dans l’espoir de séduire les internautes.
Citons à titre d’exemple le portail internet « WolniArtysci.pl », lancé en octobre 2008, qui propose aux musiciens de vendre directement leurs morceaux en ligne sans passer par l’intermédiaire des maisons de disques. Cette plateforme permet ainsi aux artistes de fixer librement le prix de leurs oeuvres tout en restant maîtres du format de diffusion. Le service se rémunère à hauteur d’une commission de 33 % sur l’ensemble des ventes effectuées par le biais du site.
Plus récemment, le portail « ShareTheMusic.com » s’est targué de vouloir révolutionner le marché de la musique en ligne avec une grande première mondiale : cette plateforme d’échange P2P permet en effet à un internaute de faire écouter un titre musical à un autre internaute via un lecteur dédié, à installer au préalable sur son ordinateur.
Les droits d’auteur sont respectés puisque les utilisateurs peuvent seulement lire, sans pouvoir les enregistrer, les fichiers sur leur disque dur. De plus, ils ne peuvent diffuser les morceaux qu’auprès d’un seul utilisateur à la fois, ce qui confère un caractère « privé » et non « public » à la diffusion. Les responsables de « ShareTheMusic.com » espèrent rentabiliser le site à l’aide de la publicité ainsi qu’un pourcentage prélevé sur les ventes.
Une autre manière de consommer de la musique
Les artistes polonais eux-même ne sont pas en reste. L’intéractivité étant désormais à la mode, le groupe « Myslovitz » a carrément décidé d’associer les internautes à la préparation de leur nouvel album. Ces derniers pourront suivre en direct sur un site internet l’écriture des prochains morceaux tout en faisant part de leurs remarques et de leurs suggestions. Les producteurs espèrent ainsi parvenir à un album encore plus abouti qu’en temps normal. Une autre manière de faire de la musique ?



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