
Traditionnellement la régulation des médias en Pologne était dévolue à un organisme indépendant baptisé KRRiT et dont les prérogatives étaient proches du CSA français. Mais la révolution du numérique et l’explosion des médias communautaires ont considérablement changé la donne. La question n’est plus tellement de savoir qui peut désormais revendiquer ce rôle mais comment ? Face à un environnement qui lui échappe de plus en plus, n’existe-il pas un risque de voir l’Etat polonais céder à la censure ?
La création du KRRiT (Conseil National de la Radiophonie et de la Télévision) remonte au 29 décembre 1992. Cet organisme a joué jusqu’ici un rôle clé dans la régulation des médias en Pologne, puisque c’est lui qui délivre notamment les fameuses licences d’exploitation aux diffuseurs. Le KRRiT dispose également d’un pouvoir de sanction et nomme directement les membres des conseils d’administration des médias publics.
Mais depuis quelques années, le rôle du KRRiT est de plus en plus contesté. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, les députés de PO souhaitent remanier en profondeur le système de financement des médias publics en Pologne. D’ailleurs le KRRiT n’a dû sa survie qu’au véto opposé par le défunt président polonais Lech Kaczyński. Mais la probable élection de Bronisław Komorowski pourrait bien lui porter un coup fatal. La presse polonaise en est en tout cas convaincue et s’interroge déjà sur son successeur.
La montée en puissance de l’UKE et des opérateurs télécoms
Contesté sur le plan politique, le KRRiT est sans doute également victime de la révolution du numérique amorcée au début des années 2000 en Pologne. Réception terrestre, mobile et satellite, IPTV, Web TV, VOD, Catch-up TV… on ne compte plus les possibilités de diffusion des programmes télé et radio.
L’exemple le plus frappant est sans doute celui de l’opérateur TP qui possède un bouquet de télévision numérique par satellite et ADSL et investit désormais dans une véritable politique de contenu exclusif en produisant ses propres programmes.
Là où l’analogique était la chasse gardée du KRRiT, le numérique est clairement le terrain de prédilection des opérateurs télécoms qui entendent bien garder la maîtrise des « tuyaux ». Personne ne s’étonnera dès lors de la montée en puissance du rôle de l’UKE – le gendarme polonais des télécoms – qui pourrait bien récupérer une bonne partie des prérogatives du KRRiT.
Les médias participatifs compliquent la donne
Pour autant, le problème de la gouvernance des médias polonais ne sera pas entièrement réglé. Car c’est sans compter sur la révolution des médias citoyens : moyennant une simple webcam et un ordinateur, les internautes peuvent désormais diffuser aisément textes, images et vidéos sur le net, voire créer leur propre web TV ou web radio. Dans certains cas, ces diffuseurs amateurs d’un genre nouveau grillent même la politesse aux médias « officiels » en couvrant plus rapidement des évènements locaux.
Un véritable « casse-tête » pour les autorités polonaises, qui, sans doute enclins à un sentiment d’impuissance, succombent de plus en plus à la tentation du « tout sécuritaire ». Plusieurs responsables politiques ont ainsi multiplié les propositions visant à exercer un contrôle accru sur l’Internet : obligation pour les portails web de s’enregistrer auprès d’un tribunal local ou fin de l’anonymat pour les internautes publiant des messages sur des forums. Pour l’heure, la plupart de ces mesures se sont heurtées à l’hostilité des associations de défense de la liberté d’expression.
La fin d’une époque
La disparition du KRRiT, si elle est avérée, restera comme le symbôle d’un changement d’époque. En consacrant la montée en puissance des opérateurs télécoms et du média «Internet », le numérique a déclenché une passation de pouvoir. Si l’UKE semble désormais en position de force, la question de la régulation des médias en Pologne reste entière, d’autant que la frontière entre journaliste professionnel et citoyen tend à s’estomper.



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