
La situation des médias publics en Pologne est particulière et ce, à bien des égards : la télévision publique possède une part de marché parmi les plus élevées dans l’Union Européenne et Polskie Radio enregistre également d’excellentes audiences. Pourtant, la volonté de réforme affichée par le gouvernement de Donald Tusk et un environnement économique difficile pourraient conduire à un remaniement en profondeur du paysage audiovisuel polonais. Dans ces conditions, TVP et Polskie Radio seront-elles toujours en mesure d’assurer leur mission d’information et d’éducation ? Les derniers évènements n’incitent pas vraiment à l’optimisme.
Fruit d’une intense bataille politique depuis plus de 3 ans, la réforme de l’audiovisuel initiée par le gouvernement de Donald Tusk n’en finit pas de faire parler d’elle. Après de multiples allers – retours entre la Diète et le Sénat et un véto opposé par le défunt président Lech Kaczyński, la suppression de la redevance audiovisuelle est toujours en suspens. Pourtant le gouvernement ne désarme pas et vient tout juste de soumettre un nouveau projet de loi. Dans cette dernière mouture, la redevance serait supprimée au profit d’une « taxe audiovisuelle » d’un montant mensuel de 8 zlotys à la charge des salariés, agriculteurs et travailleurs indépendants. Le projet de loi prévoit également l’obligation pour les médias publics de davantage communiquer sur leur gestion via un nouveau portail Internet.
Pour justifier cette réforme, la majorité au pouvoir ne cesse d’invoquer « une mauvaise gestion financière » de TVP et Polskie Radio depuis plusieurs années. Outre la lutte contre les gaspillages, le gouvernement souhaite également « dépolitiser » les médias publics en Pologne en modifiant le mode de nomination des membres des conseils d’administration. Mais ces arguments sont cesse rejetés par les partis d’opposition ainsi que certains professionnels. Pour ces derniers, le gouvernement entend, au contraire, affaiblir les médias publics au profit du secteur privé. Les craintes des détracteurs de ce projet sont d’autant plus grandes qu’ils ne pourront pas compter cette fois-ci sur un éventuel véto du président intérimaire Bronisław Komorowski, favorable à cette réforme.
Un objectif flou mais des conséquences réelles
Quelque soit le motif avoué de cette réforme, les dirigeants de TVP et Polskie Radio n’ont pas attendu l’issue des débats pour anticiper les changements à venir. La réforme du mode de financement devrait engendrer un manque à gagner considérable pour les médias publics en Pologne et ajouter encore à une situation difficile marquée par des déficits chroniques. Sommée par le Ministère des Finances de faire des économies, la direction de TVP vient d’ailleurs de présenter un plan de restructuration combinant réductions d’effectifs et coupes budgétaires. Plusieurs dizaines de personnes pourraient être concernées par un plan de licenciements qui a déjà suscité l’hostilité des syndicats. Outre le gel des salaires, il est également question de souscrire un prêt bancaire d’un montant de 100 millions de zlotys gagé sur le nouveau siège social du groupe situé rue Woronicza.
Les détails du plan d’économie ne sont pas intégralement connus mais on sait d’ores et déjà qu’il devrait affecter durablement le fonctionnement des antennes locales de TVP et les modalités contractuelles liant producteurs et diffuseurs. Les dirigeants de TVP tablent à ce titre sur 90 millions de zlotys d’économies dès la première année. La réduction de l’offre thématique de chaînes est également à l’ordre du jour – on parle notamment de la suppression de TVP Historia – alors que l’abandon du projet de plateforme satellite est désormais officiellement entériné. Enfin les récents remaniements de postes et les accusations de manque de neutralité portées par une partie de la classe politique polonaise durant la campagne présidentielle ont encore ajouté à la confusion ambiante.
Une programmation remaniée
Mais c’est surtout dans la programmation des chaînes que les effets du plan d’économie devraient être particulièrement perceptibles. La multiplication des jeux concours de type « audiotel », où les téléspectateurs sont invités à envoyer des sms surfacturés, est déjà en vigueur depuis plusieurs mois. Le nombre de rediffusions devrait également être revu sensiblement à la hausse, de même que le tarif des coupures publicitaires pour les annonceurs. Le groupe pourrait recourir davantage au « product placement », notamment dans les séries phares de TVP, ou encore tenter de monétiser davantage le portail Internet de la chaîne via le visionnage payant de vidéos ou l’insertion de publicités. La tendance est globalement la même chez Polskie Radio, qui envisage d’ailleurs de lancer une chaîne télé et de développer ses activités Internet pour augmenter son audience.
Vers la fin du service public ?
On l’aura compris, l’inquiétude est désormais de mise. Sans pour autant menacer leur existence, la crise budgétaire pourrait en effet avoir un impact durable sur le mode de fonctionnement de TVP et Polskie Radio. Dans ce contexte, la loi de l’audimat et les impératifs de rentabilité pourraient bien avoir raison de la diversité et du pluralisme de l’offre censées caractériser le service public. TVP finira-t-elle par succomber aux sirènes de la télé réalité ?



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